| LA FRESQUE |
| Principale manifestation de la peinture monumentale, l'art de la fresque, caractérisé par sa technique et par son rapport direct avec l'architecture, s'est développé, à toutes les époques, presque partout où de grandes surfaces de murs ou de voûtes ont appelé une décoration. Toutefois, dans le monde occidental – où elle est souvent assimilée aux autres formes de peinture murale –, c'est en Italie que la fresque a été le plus couramment pratiquée. Longuement débattue par les spécialistes, la question de savoir si la technique de la fresque a été pratiquée durant l'Antiquité (Égypte, Mésopotamie, Grèce, Pompéi) et dans certaines civilisations extra-européennes n'a pas encore reçu de réponse définitive. Les nombreux procédés mixtes de décoration murale rendent en effet l'analyse des peintures très difficile. Le Moyen Âge occidental semble avoir plutôt connu des procédés sur enduit sec. Dans son acception précise, le terme fresque fut, semble-t-il, utilisé pour la première fois par Cennino Cennini dans Il Libro dell'arte (fin du XIVe - début du XVe siècle) et c'est l'Italie qui a connu la production la plus brillante (entre 1300 et 1540 environ). Cimabue, Giotto, Masaccio, Ghirlandaio, Filippo Lippi, Pinturicchio, Luca Signorelli, Andrea del Sarto, Michel-Ange, Andrea del Castagno, Simone Martini, Benozzo Gozzoli, Raphaël furent les représentants les plus illustres de cet art. Moins pratiquée à l'époque gothique, lorsque l'invention de la voûte sur croisée d'ogives permit d'évider les murs et lorsque ce fut l'art du vitrail qui joua un rôle important, la fresque connut de nouveau un certain succès durant la période baroque.
LES CARACTERITIQUES DE LA FRESQUE Il s'est établi dans le langage courant une confusion entre un procédé décoratif utilisé pratiquement partout dans le monde – la peinture murale – et une technique particulière employée à ce type de décoration – la fresque. Si le mot italien fresco («frais») n'apparaît pas avant la fin du XIVe siècle ou le début du XVe siècle (dans le Libro dell'arte de Cennino Cennini), la fonction essentiellement décorative de la peinture monumentale lui a permis très tôt d'être présente tant dans les monuments publics que dans les habitations, à l'instar d'autres productions artistiques telles que la tapisserie ou le vitrail. Économique – elle permet de couvrir de grandes surfaces à moindres frais –, la fresque a bénéficié d'une grande diffusion. Relativement à la peinture de chevalet, peu d'œuvres ont été conservées dans le domaine de la peinture murale, qui, pourtant, a été un genre pratiqué de façon plus générale, et cela sans véritable interruption dans le temps: sa fragilité, cause de destructions importantes, a faussé toute appréciation concernant la peinture ancienne, exagérant ainsi l'importance de la peinture de chevalet. La caractéristique essentielle de la fresque est de faire physiquement et chimiquement corps avec son support. Les matériaux employés (enduit, couleurs) sont eux-mêmes des matériaux architecturaux. Beaucoup d'édifices ont été construits pour recevoir des fresques, en Italie notamment: des églises (San Francesco à Assise, la chapelle de l'Arena à Padoue), des cimetières monumentaux (Campo Santo de Pise), des hôtels de ville (Sienne), des demeures privées (villa Maser). Lorsque le décor et les édifices sont contemporains, il s'établit entre eux un rapport d'autant plus étroit. Les fresques sont généralement conçues pour compléter l'édifice, lui ajouter quelque chose, voire en simuler une partie.
LES TECHNIQUES DE LA FRESQUE Outre les techniques utilisées pour la peinture monumentale et pouvant servir pour la peinture de chevalet, il en existe une, spécifique, celle de la fresque.
LE =BUON FRESCO= C'est la technique de la vraie fresque: les couleurs minérales, en suspension dans l'eau, sont posées sur un enduit humide. L'enduit (chaux mêlée à du sable, le plus souvent) subit une transformation chimique en séchant: les pigments colorés sont alors incorporés dans la fine pellicule qui se forme à la surface du mur, la peinture devenant ainsi dure et résistante. L'enduit est posé en plusieurs couches: tout d'abord l'arriccio (mortier à grains assez gros), sur lequel est fait le dessin préliminaire, puis la couche supérieure, ou intonaco (enduit mince à petits grains), qui reçoit le travail du fresquiste. Le buon fresco est une technique difficile à maîtriser, qui nécessite une grande rapidité d'exécution. L'intonaco ne reste frais qu'une journée, ou giornata, terme qui sert à désigner aussi bien le temps de travail qu'une partie de fresque réalisée en une journée de travail. Les joints, toujours visibles, sont une indication précieuse sur sa progression. Cette méthode est possible à une époque où les formes sont encore traitées de façon assez conventionnelle. À partir de 1450, les formes s'individualisent et la technique se transforme: le dessin, qui disparaissait sous l'enduit, devient alors indispensable à une réalisation plus rapide. La présence de la sinopia (esquisse au fusain, appelée ainsi parce qu'on emploie à sa réalisation la terre rouge de Sinope) n'est pas systématique – le dessin est effacé par la pose de la dernière couche d'enduit –, et son absence peut signifier l'utilisation de modelli (dessins d'atelier agrandis: au XIVe siècle, fresques de Giotto, à la chapelle Peruzzi). L'usage de cartons (dessins décalqués sur une feuille appliquée sur l'enduit), attesté dès 1360, devient pratique courante au milieu du XVe siècle, sans remplacer pour autant l'emploi de la sinopia. Les cartons sont élaborés en atelier. Le dessin est ensuite reporté sur le support en piquant le carton de trous, au travers desquels on souffle de la poudre, ou en incisant légèrement l'enduit au moyen d'une pointe passée à travers le carton. On attribue tantôt à Brunelleschi, tantôt à Alberti l'invention de la mise au carreau du modello, qui permet plus de précision dans les agrandissements indispensables à la peinture murale, procédé qui se développe largement au XVe
DU =SECCO= AU =MEZZO-FRESCO=
La complication de l'exécution amène bientôt les peintres à utiliser des liants organiques, qui donnent la possibilité de travailler sur un intonaco moins frais. Cette technique se rapproche de celle du secco: la partie non terminée d'une giornata peut encore être travaillée après séchage de l'enduit. Le secco est pratiqué conjointement au frescoa secco les pigments sur une sur dès avant 1500. Selon Vasari, on obtient une tenue plus ferme en appliquant face rugueuse au moyen de colle. La technique du fresco-secco (couleurs mêlées à de l'eau de chaux), qui permet de se rapprocher de l'aspect de la vraie fresque, est très utilisée au Moyen Âge et après 1300 pour terminer les ouvrages commencés a fresco. Les parties les plus importantes (visages, mains) sont alors réalisées en buon fresco, et les vêtements en fresco secco (Giotto, Saint François recevant la règle, chapelle Bardi de Santa Croce, à Florence). La différence de technique est visible: la peinture en fresco secco s'est écaillée, les pigments sont moins accrochés au mur, les colles, d'origine animale ou végétale, ont été attaquées par les bactéries et les moisissures. Aux XIVe et XVe siècle, l'évolution de la technique de la peinture de chevalet influence celle de la fresque: on cherche alors à utiliser l'huile sur un enduit sec. Mais, si elle permet des retouches, l'utilisation d'un plus grand registre de couleurs et des effets de profondeur spatiale jusque-là inconnus de la fresque, l'huile altère les qualités de l'enduit et compromet les chances de conservation de l'œuvre (la Cène, réalisée entre 1495 et 1498 par Léonard de Vinci à Santa Maria delle Grazie, à Milan, a commencé à se détériorer dès 1517). Au milieu du XVIemezzo-fresco: cette demi-fresque est obtenue par l'application d siècle se répand la technique du es couleurs sur l'enduit presque sec, mais encore suffisamment humide pour qu'elles soient absorbées par le support. La technique du stucco lustro, ou stuc brillant, encore utilisée de nos jours, dérive de celle de la fresque: la peinture exécutée a fresco est brossée et polie afin d'imiter l'aspect du marbre. |