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DADAISTES ET SURREALISTES

 DADAISTES ET  SURREALISTES

 

Avec dada, le collage se fait outil au service d'une idéologie et permet aux artistes d'entreprendre une véritable désacralisation de leur activité. Le nom de Raoul Hausmann, un des fondateurs du groupe dada berlinois, reste associé à l'invention du photomontage: dans le Critique d'art (1919-1920) , à gauche, et ABCD: portrait de l'artiste (1923), à droite, il juxtapose des fragments de photographies à des poèmes abstraits. Aux images désarticulées de Hausmann, John Heartfield oppose des montages photographiques d'une interprétation plus directe. Plusieurs de ses photomontages, tirés sous forme d'affiches et caractéristiques de son engagement, ont atteint une valeur de symbole: la colombe transpercée d'une baïonnette devant le palais de la Société des Nations ou l'arbre de Noël dont les branches s'enroulent à la manière de croix gammées. Vers 1918, Kurt Schwitters découvre le collage, qui devient rapidement son langage d'élection. La syllabe «Merz», découpée par hasard dans une publicité, allait désigner les Merzbilder, poèmes à voir de quat' sous. Il commence à s'emparer des ruines de la guerre et se sert de détritus pour pallier la pénurie de matériaux. Puis c'est la société industrielle qui lui fournit son vocabulaire plastique; déchets et rebuts témoignent de la fuite du temps: en les détournant de leur destin quotidien, il leur octroie un statut artistique (Assemblage, vers 1939-1944 et 47-14 De Stijl, 1947) et dresse un tableau sans indulgence de la civilisation moderne.

Contrairement à Schwitters, Max Ernst réutilise la production du passé: gravures et publications scientifiques du siècle dernier sont le terreau de son inspiration. Dès 1921, il invente un procédé très particulier de collage, où le travail de montage est systématiquement dissimulé. Dans la série des romans - collages surréalistes des années 1930, la Femme 100 têtes, Rêve d'une petite fille qui voulut entrer au carmel, Une semaine de bonté, la technique de collage sera totalement occultée par la reproduction en série. Le spectateur se laisse prendre au piège de l'apparente familiarité des images: s'il reconnaît les éléments qui les composent, le sens de leur juxtaposition lui échappe.

L'offensive dirigée contre la peinture par les artistes allemands est étonnamment proche des recherches menées sur les scènes new-yorkaises et parisiennes par Marcel Duchamp, qui, dès 1914, ennoblissant du nom de ready-made un porte-bouteilles de série, promeut cet objet au rang d'œuvre d'art, et par Francis Picabia (Pot de fleurs, vers 1925) et Man Ray (De quoi écrire un poème, 1923): pour dénoncer l'inanité de la création, celui-ci se contentera de mettre en scène les outils du peintre ou les instruments du poète.

Les œuvres de Max Ernst ne cesseront de fasciner poètes et artistes surréalistes, qui, dans leur quête de l'irrationnel, à l'écoute de l'inconscient, useront de la technique du collage pour mettre «la peinture au défi». Victor Brauner exécute en 1938 un Portrait comestible, dans lequel l'impression de malaise est provoquée à la fois par le titre de l'œuvre et la nature des éléments collés: une poignée de lentilles. Dans les Sœurs Mélusine (1958), André Masson renoue avec la rapidité du geste des dessins automatiques de 1923-1924 et les plumes utilisées pour les tableaux de sable de 1926-1927. L'évocation de la fée Mélusine est pour Masson prétexte à un exercice de virtuosité graphique. Parodiant l'entretien de Goethe et de Napoléon de 1808, Jacques Prévert imagine Une entrevue de Pablo Picasso et de Napoléon Bonaparte à Versailles de nos jours (1955), où l'assistant de Carné et de Renoir se livre à une véritable mise en scène cinématographique: une chambre impériale sert de décor à la rencontre, et, sur cette toile de fond, Prévert fait évoluer les figures jusqu'à ce qu'elles trouvent leur place définitive. André Breton, ne se limitant pas au papier, réalise des assemblages incongrus, tout comme de nombreux autres artistes: constructions insolites de Miró, boîtes de Joseph Cornell, objets pièges de Meret Oppenheim (le Déjeuner en fourrure – tasse et soucoupe recouvertes de fourrure –, 1936), délires fantomatiques de Dalí...

 


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